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Dans une ancienne ferme, un remarquable foyer pour autiste

L’ACPEI de Châlons-en-Champagne

Par Maud Salignat

Au nom de Marie

Nicole Bénadassi est mère d’un enfant autiste aujourd’hui adulte, Marie, résidente du foyer Burnay. Elle fait aussi partie du conseil d’administration de l’Acpei. Elle est de cette poignée de parents qui, dans les années 1990, ont infléchi la politique de l’association en matière de prise en charge de l’autisme  . Cela s’est traduit d’abord par la création d’une section autiste à l’IME   puis par l’ouverture du foyer pour adultes. Très investie sur cette question, elle a beaucoup fait pour que l’association locale ait pour partenaire privilégié Autisme   France, où Nicole Bénadassi milite aussi.

Mettre un mot sur le problème, le plus tôt possible

« Marie est la première à avoir intégré l’IME en avril 1992Sur la nécessité de mettre un mot sur le mal dont souffrait sa fille… , raconte Nicole Bénadassi. Marie a, comme tous les autistes de sa génération, connu l’hôpital de jour. Les conditions de l’hôpital de jour ne nous satisfaisaient pas. Elle passait ses journées à se frotter au crépi des murs. C’était l’errance la plus totale. Or l’expérience nous a montré que l’oisiveté nuisait sévèrement à nos enfants. On s’est documenté, on a assisté à des séminaires où on parlait de l’autisme   et des autistes d’une autre manière en précisant qu’on pouvait leur venir en aide avec une prise en charge adaptée. On a appris qu’en allant en Belgique on pouvait avoir un diagnostic et une évaluation des potentiels de notre fille. Ce que nous avons fait. »

« Maintenant, même les pouvoirs publics disent qu’il faut absolument un diagnostic précoce. Mais cette semaine, j’ai rencontré une maman à qui un psychiatre a dit ‘’Tant que l’enfant n’a pas 16 ans, on ne peut pas savoir‘’. L’âge moyen du diagnostic en France est encore de 7 ans alors que tous les repères de l’autisme   à 3 ans sont déjà là. Marie, quand on a mis un mot sur ce dont elle souffrait, elle avait presque 12 ans. Avant, elle était psychotique. »

« Actuellement, au niveau associatif, on démontre qu’un enfant autiste pris en charge de manière très précoce selon des prises en charge éducatives adaptées aura un pronostic à long terme qui sera moins sévère que nos enfants qu’on accueille ici et forcément il coûtera moins cher à la société. »

Leur donner les moyens de s’exprimer

« Ici une prise en charge adaptée, c’est d’abord prendre en considération leur difficulté de compréhension de notre langageSur l’importance de donner aux adultes autistes les moyens de s’exprimer… , continue-t-elle. Il y a absolument, absolument besoin de repères visuels. Parce qu’ils ne savent pas mémoriser une consigne. A nous de leur expliquer ce qu’on attend d’eux. Mais eux ont aussi besoin de nous communiquer leurs besoins. Marie, on lui a appris à demander de la musique en montrant la cassette audio. Puis on a mis la photo de la cassette. Ensuite, il faut absolument structurer l’espace et le temps. »

Une meilleure socialisation

« La progression la plus importante chez Marie, c’est la socialisationSur le chemin vers une meilleure socialisation… , explique encore sa mère. Vous savez quand on a un enfant autiste, on est rejeté de partout. Nos enfants sont particuliers dans la population des personnes handicapées mentales. Les personnes ne comprennent pas. Quand il y a des troubles du comportement, les gens sont très mal à l’aise. En revanche, quand un système de communication se met en place, à nouveau les gens ont un regard un peu plus ordinaire sur nos enfants. Nos enfants ici peuvent aller faire les courses, peuvent aller sur le marché avec leurs photos ».

« De mon point de vue, on attend tout de l’intégration. Quand on a un enfant différent, il ne faut pas attendre que l’autre l’accepte. Il faut aussi que l’enfant différent se fasse accepter. Ici, les faire accepter par le village, c’est qu’ils se rendent utiles au village. Nos enfants sont utiles à la population. Pour les petites grands-mères, cela rappelle le bon vieux temps. Il y a des gens qui trouvent ça sympa et qui donnent un paquet de gâteaux. Nos enfants ont fait l’effort d’aller vers les autres. Le cheval est précieux pour ça. »

Son

La progression la plus importante chez Marie, c’est la socialisation

Sur le chemin vers une meilleure socialisation…


Ici une prise en charge adaptée, c’est d’abord prendre en considération leur difficulté de compréhension de notre langage

Sur l’importance de donner aux adultes autistes les moyens de s’exprimer…


Marie est la première à avoir intégré l’IME en avril 1992

Sur la nécessité de mettre un mot sur le mal dont souffrait sa fille…


L’ACPEI en bref

L’ACPEI de Châlons-en-Champagne a été créée en 1963.
Elle est aujourd’hui bien implantée dans Châlons et ses environs avec sept établissements et services (foyer de vie, IME  , foyer de l’IME  , Foyer d’accueil médicalisé pour adultes autistes, foyer-résidence, Esat  , Sessad  ).


Quelques chiffres

Son premier établissement est un IMP   de 25 enfants.
L’ACPEI regroupe 200 familles et accueille 314 enfants, adolescents et adultes handicapés.


Pour un aperçu complet de l’association

Consultez la fiche de l’’ACPEI de Châlons-en-Champagne