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Elle multiplie les passerelles pour faciliter les trajectoires

L’Adapei du Bas-Rhin

Par Maud Salignat

Intégration en entreprise : le « Yes, we can » de l’Adapei 67

Au début des années 1990, l’opération « intégration en entreprise » lancée par cette Adapei   n’était pas sans susciter quelques réticences au premier abord de la part des parents. Une crainte que le président Roland Hirlé résume ainsi : « C’était une ouverture vers quelque chose qu’on ne connaissait pas ». L’association a dû se donner les moyens, à elle-même comme à ses « protégés », pour franchir ce cap de la mobilité. « Apprendre aux personnes handicapées à se déplacer toutes seules », c’était le pré-requis.

Permettre aux travailleurs handicapés d’évoluer

Aujourd’hui que la dynamique est installée, le débat n’a plus cours à Strasbourg. Les résultats parlent d’eux-mêmes : cent cinquante travailleurs intégrés en quinze ans, pour une vingtaine de retours vers le milieu protégé. Ce qui fait dire au directeur général Gildas Le Scouëzec : « Nous avons dépassé le stade expérimental ». Un directeur qui le martèle à l’envi : l’intégration n’est pas « une fin en soi », mais « l’essentiel est l’évolution ». En une phrase : qu’un travailleur handicapé ne passe pas sa vie à assembler les mêmes pièces mais qu’il se construise, qu’il se valorise lui-même à travers le travail. Créer un flux, privilégier l’évolution professionnelle, en un mot inventer un boulot sans routine, un travail qui soit formateur, c’est là tout le crédo de l’Adapei   du Bas-Rhin.

Quand les entreprises changent leur regard sur les personnes handicapées mentales

Le changement fondamental ? « Le changement de regard », à commencer par celui porté par les entreprises sur les compétences des personnes handicapées mentales, et leur « fiabilité dans les tâches répétitives ».

« Nous sommes en partenariat avec une centaine d’entreprises, et pour beaucoup, intégrer un salarié handicapé mental s’est traduit par une modification profonde du climat social », explique Gilfas Le Scouëzec.

Le partenariat avec le monde économique local a été intensifié. Un réseau est né, porté par une association parallèle, Léa, qui n’est pas sans lien avec l’Adapei   67 puisque son président n’est autre que le directeur de l’Adapei  . Léa, c’est un réseau de cent entreprises soumises à l’obligation d’emploi, unies avec les entreprises adaptées du Bas-Rhin pour faciliter les mises à dispositions, les embauches de salariés handicapés.

De vrais besoins d’accompagnement

Mais il ne faut pas se leurrer, l’intégration en entreprise, « ça ne marche pas comme ça », disent de concert le président, le directeur, ainsi que Tania Meyer, directrice du département d’intégration professionnelle. Comprenez par là que le détachement en entreprise n’a guère de sens si l’entreprise ne voit pas au-delà de son intérêt financier. Que l’intégration n’aura de chance d’aboutir qu’avec une formation des travailleurs, un accompagnement mensuel, un tutorat au sein même de l’entreprise, un aménagement du poste en amont qui peut se traduire par une création non pas ex nihilo mais par une nouvelle organisation du travail au sein de l’entreprise.

Une panoplie d’outils

Au nom de l’intégration, l’association a fourbi ses armes, ses outils. Des outils ? C’est d’abord tout un travail sur « la qualification en amont des travailleurs ». Le siège de l’association à Lingolsheim est devenu ainsi le théâtre de formations. « Nous sommes à l’écoute des entreprises. S’il s’avère qu’une compétence fait défaut, nous construisons une formation dans ce sens ». Bref, d’une certaine façon, un organisme de formation est né, au sein du plus vaste ensemble appelé Etapes, service de mutualisation qui permet, entre autres, d’appuyer les ESAT  , d’assurer la médiation entre le salarié handicapé et l’entreprise d’accueil

Un autre moyen, c’est aussi de construire des passerelles entre milieu protégé et milieu ordinaire. Cela passe d’abord par le chantier d’insertion, porte d’entrée vers l’entreprise adaptée, ou inversement par une cellule de reclassement mobilisable en cas de licenciement économique, comme ce fut déjà le cas. A noter, ce principe fondamental : chaque travailleur a droit au retour vers le secteur protégé. Cela passe aussi par l’entreprise adaptée, incarnée depuis peu, du moins en partie, par une conciergerie d’entreprise chez Messier-Bugatti, fleuron de l’aéronautique et partenaire historique de l’Adapei   67.

Et le dernier outil en date ? Un logiciel, Certifia, conçu pour être un véritable outil de gestion des parcours professionnels.

L’Adapei   du Bas-Rhin, c’est 428 adhérents dont la mission est l’intégration sociale et professionnelle des personnes handicapées mentales. Elle gère par ailleurs deux FAM  , une MAS  , un SESSAD  , un SAVS  , trois ESAT  .
L’association, dont le siège est en périphérie de Strasbourg, à Lingolsheim, est présente dans différentes communes de ce petit département qu’est le Bas-Rhin : Duttlenheim, premier lieu historique, Molsheim, mais aussi Haguenau, Wissembourg, Sélestat...
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