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Journée protection juridique

Comment gérer l’argent des autres

Par Etienne Guillermond

La gestion du budget au service de l’autonomie

En comptabilité, un budget bien géré est nécessairement équilibré. C’est là l’objectif de tout gestionnaire avisé, en particulier s’il a la charge d’une personne vulnérable dans le cadre d’une mesure de protection juridique. La loi n’invite-t-elle pas le tuteur ou curateur à gérer le bien du majeur protégé en « bon père de famille » ? Toutefois, les impératifs de saine gestion ne doivent pas faire oublier le principal objet de la mesure : l’autonomie de la personne. C’est ce que rappelle Agnès Francis, responsable d’équipe au sein de l’association tutélaire du 92. « Le budget est évidemment un outil précieux et incontournable, mais il n’est qu’un moyen et non une fin en soi. Le mandataire doit l’envisager avec un certain recul. Il doit surtout se garder d’être obnubilé par la recherche de l’équilibre à tout prix qui est d’ailleurs parfois bien hasardeuse lorsque la personne ne perçoit que les minima sociaux. »

De l’« argent de poche » à l’« argent de vie »
Selon Agnès Francis, le budget est avant tout au service d’un apprentissage de l’autonomie. Il doit être construit avec la personne, qui doit en comprendre le sens et les enjeux. « Le budget est une projection dans l’avenir. Il est important ne pas se projeter à la place de la personne, poursuit-t-elle. Par exemple, un majeur protégé sans héritier aura peut-être envie de profiter de son argent plutôt que d’épargner. Pourquoi l’en empêcher ? Il ne faut jamais perdre de vue que l’argent dont on parle est celui de la personne et non celui du mandataire. » Cette vérité simple a par exemple conduit l’AT 92 à bannir la notion d’« argent de poche » au profit de celle d’« argent de vie ». « On ne peut exhorter la personne à l’autonomie et l’infantiliser en permanence », remarque Agnès Francis. Afin d’éviter cette contradiction, la vigilance est de mise. Le mandataire doit s’attacher à communiquer avec la personne dont il a la charge, être à l’écoute de ses attentes, expliquer ses éventuels refus et éviter de se montrer trop intrusif en demandant des justificatifs pour chaque dépense.

La nécessité d’une approche collective
Pour les professionnels de l’AT 92, la dimension collective de l’accompagnement des majeurs protégés est primordiale. Afin de permettre à ses collaborateurs de prendre de la distance sur le sujet et de ne pas s’enfermer dans l’isolement, l’association a mis en place de petits groupes d’analyse des pratiques professionnelles animés mensuellement par Christophe Mieusement, psychologue clinicien. « Avant d’agir, chaque individu mène une forme de “ dialogue intime ” avec son sur-moi pour déterminer ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, analyse le psychologue. Bien souvent, ce dialogue intime n’existe pas chez les personnes accompagnées. D’une certaine manière, l’intervention du mandataire permet de l’externaliser. Mais c’est une tâche délicate car le pouvoir de dire non recèle une forme de violence. D’ou l’importance du travail collectif que nous menons qui permet une vraie distanciation. »