La partition de Benoît
Benoît est « très accroché à sa partition ». Le mot est d’Alain Carré, père de l’éveil musical et de l’enseignement musical spécialisé pour enfants handicapés, qui l’a suivi pendant pas mal d’années…
Il analysait ainsi les difficultés de Benoît dans sa manière de jouer littéralement les classiques du classique : « La latence d’analyse visuelle de ce qu’il lit, inhérente à son handicap, fait que le rythme de ce qu’il joue fait des vagues. Il ralentit son jeu, le temps de lire et d’emmagasiner quelques mesures dans sa mémoire, puis il les lâche à la façon d’un canadair ».
Le maître s’est battu pour libérer Benoît de sa partition. Et il narre de belle façon comment un jour de concert au grand festival d’Auvers-sur-Oise, il réussit à faire en sorte que Benoît franchisse le Rubicon de l’interprétation.
Une chose est sûre : il ne faut pas longtemps pour que Benoît incarne son personnage même sans sa panoplie de concert (costume nœud papillon). Un mot et le voilà qui enchaîne les pièces de son répertoire…
Devant nous, il joue le « Clair de lune » de Beethoven, le « Dom Juan » de Mozart (par cœur), et le Prélude n°1 de Bach… Benoît s’applique, jusque dans le geste final, quand il tient la note avec gourmandise, parce que « les pianistes font ça ».




