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Un point avant la rentrée 2009-2010

Trois enjeux majeurs de la scolarisation

Par Marthe Aurèle

Le rôle des AVS et les difficultés rencontrées

Une aide plébiscitée par les enseignants

Une situation paradoxale

Côté pile, les professionnels interviewés par l’Unapei dans le cadre de ce dossier comme l’immense majorité des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête menée avec l’institut Ipsos en 2008 s’accordent sur l’importance du rôle des auxiliaires de vie scolaire. 81 % des enseignants généralistes ayant déjà accueilli des enfants présentant un handicap mental dans leur classe et disposant du soutien d’un auxiliaire de vie scolaire sont en effet satisfaits de l’aide apportée aux enfants. Mieux : pour les enseignants de CLIS  , ce chiffre s’élève à 84 %. Autres chiffres, allant dans le même sens : 82 % des enseignants généralistes et 85 % des enseignants de CLIS   sont satisfaits de l’aide que leur apportent les AVS   dans leur mission.

Côté face, malgré ce plébiscite, tous les acteurs de la scolarisation des enfants handicapés ressentent les problèmes que posent le statut des AVS  , dont le contrat précaire ne peut être reconduit au-delà de six ans, mais aussi les difficiles enjeux de la formation. Illustration, toujours selon l’enquête Unapei-E.Leclerc-Ipsos : si cette aide apportée par les AVS   génère une très forte satisfaction, leur niveau de formation est jugé insuffisant par 65 % des enseignants généralistes concernés et 53 % des enseignants en CLIS  .

Les AVS   : AVS  -I, AVS  -Co, AED et EVS

Les AVS  -Co travaillent au service d’élèves en situation de handicap relevant d’un dispositif collectif d’intégration (CLIS  , UPI  ) et participent à la mise en œuvre d’un parcours adapté. Les AVS  -I sont au service d’un ou de plusieurs élèves en situation de handicap relevant d’une notification de la CDAPH  .

Les fonctions d’AVS  -I et d’AVS  -Co sont proches, même si leurs modalités d’exercice diffèrent quelque peu. Deux types de personnels exercent les missions d’auxiliaire de vie scolaire individuel (AVS  -I) :

  • les assistants d’éducation (AED), recrutés par l’inspecteur d’Académie, directeur des services départementaux de l’Éducation nationale, sous contrat de droit public d’un an renouvelable, soit six ans d’activité au maximum ; ils ont au minimum un niveau bac et souvent beaucoup plus ;
  • les emplois de vie scolaire (EVS), recrutés par les établissements publics locaux d’enseignement, sous contrat aidé de droit privé d’un an en général, renouvelable une fois ou deux fois au maximum ; ils sont sélectionnés dans un premier temps par les agences locales de l’emploi.

Dans son interview, l’enseignant référent Daniel Beurrier en fait une description très claire.

Le rôle de l’AVS  

La mission de l’auxiliaire de vie scolaire (AVS  ) consiste à faciliter l’intégration dans le groupe classe du jeune enfant handicapé en favorisant sa participation aux activités organisées par l’enseignant.

L’AVS   a notamment pour fonctions d’accueillir l’élève handicapé et de l’aider dans ses déplacements ou à effectuer les actes de la vie quotidienne qu’il ne peut faire seul. Il favorise la communication entre cet élève et ses pairs, ainsi que sa socialisation. Il contribue à lui assurer des conditions de sécurité et de confort.

Il intervient dans la classe en concertation avec l’enseignant (aide à l’écriture, manipulation du matériel dont l’élève a besoin…) ou en dehors des temps d’enseignement (interclasses, repas…). Il collabore au suivi des Projets personnalisés de scolarisation (réunions d’élaboration ou de régulation du PPS   de l’élève, participation aux rencontres avec la famille, réunion de l’équipe éducative…). Il participe aux sorties de classe. Il peut aussi accomplir des gestes techniques ne requérant pas une qualification médicale ou paramédicale particulière.

Nous vous invitons à lire la description simple et vivante que fait de son métier Laurent Brandon, auxiliaire de vie scolaire dans le Cantal.

Améliorer la formation des AVS

Le principe

Comme pour répondre aux sentiments des enseignants sur la formation des AVS  , la circulaire n° 2008-100 du 24 juillet 2008, adressée aux recteurs d’académie et relative à la formation des auxiliaires de vie scolaire de l’enseignement élémentaire et secondaire, indique que « l’Éducation nationale doit permettre l’accompagnement et la formation des assistants d’éducation et des emplois de vie scolaire qui exercent les fonctions d’auxiliaires de vie scolaire, individuels ou collectifs, afin de favoriser leur insertion durable dans l’emploi ».

La circulaire prévoit un accompagnement individualisé en cours d’activité au sein de l’Éducation nationale, ainsi que trois mesures en fin de contrat : la délivrance d’une attestation de compétences, l’accès à la certification dans le cadre de la validation des acquis de l’expérience et l’accès à une formation qualifiante. Mais qu’en est-il en réalité ? La situation a-t-elle vraiment évoluée depuis la publication de cette circulaire il y a un an ?

Les problèmes de formation vus par un AVS  -I

Au printemps 2009, Monsieur Brandon en est à sa sixième année d’exercice et donc à son dernier contrat d’AVS  .

Interrogé sur la formation reçue et ce qui lui a manqué, il explique ne pas avoir été formé au départ pour exercer ce métier-là, que la formation est destinée en priorité aux nouveaux arrivés et qu’il n’a reçu aucune formation au cours des trois dernières années.

Les trois premières années de contrat, il a bénéficié de formations portant sur le système éducatif, les troubles du comportement chez l’enfant, les formes de bientraitance et de maltraitance, l’ergonomie, ainsi que d’un module pour l’obtention de l’attestation de formation aux premiers secours.

Il avoue que l’essentiel de ce qu’il sait, il l’a appris sur le terrain et grâce aux personnels éducatifs ainsi qu’aux différents partenaires rencontrés lors des réunions.

Il confirme que les formations ne sont pas spécifiquement adaptées aux problèmes des enfants dont les AVS   ont la charge, ajoutant que même si ces formations les concernent directement, ils n’y ont pas forcément droit. Il cite en particulier le cas d’un AVS   accompagnant un enfant sourd et muet, n’ayant pas pu bénéficier d’une formation organisée sur ce thème : il avait plus de trois ans d’expérience.

S’il aurait apprécié un accompagnement plus régulier, ainsi que plus d’écoute et de réponse à ses attentes de la part de l’Éducation nationale, Laurent Brandon reconnaît toutefois la difficulté de mettre en place des modules de formation répondant aux besoins de chaque AVS  , puisque chaque prise en charge est spécifique.

Lire son témoignage sur l’insuffisance de la formation des AVS.

L’expérience d’un enseignant référent  

Dans l’interview qu’il a bien voulu nous accorder en avril 2009, Daniel Beurrier, enseignant référent   dans le département de Saône-et-Loire, donne les grandes lignes de la formation des AVS  , telle qu’elle se présente aujourd’hui sur son secteur.

D’abord, il n’existe pas de formation préalable à l’emploi, mais une formation d’adaptation à l’emploi, en cours de contrat. Lors de leur première année de fonction, les AVS   reçoivent soixante heures de formation, portant en particulier sur la connaissance de l’institution, la nomenclature du handicap, la façon de se comporter, des indications pédagogiques… Des groupes de parole permettent aux AVS   d’échanger sur leurs pratiques. Ce sont généralement les associations et les services sociaux qui interviennent dans ces formations, sauf pour la partie institutionnelle et juridique, prise en charge par l’Éducation nationale.

À la question de savoir si, en complément de cette formation, essentiellement générale, il ne serait pas nécessaire d’adapter les formations aux besoins particuliers des AVS  , Monsieur Beurrier répond : « On ne peut certes pas répondre au cas par cas, évidemment. Mais nous avons aujourd’hui la capacité d’entendre d’abord la demande et puis d’y répondre. » Selon son point de vue, donner une formation spécifique à quelqu’un qui n’en aura pas forcément besoin, n’est pas payant. Il faut d’abord que la personne soit en situation, qu’elle se pose des questions et qu’alors on puisse y répondre.

Découvrir la vision pragmatique de Daniel Beurrier à propos de l’information et de la formation des AVS.

Le point de vue d’un directeur d’IME  

Interrogé sur la question de la formation des AVS  , Francis Buret, directeur de l’IME   de Marmanhac dans le Cantal, répond qu’effectivement, tel qu’il les rencontre sur le terrain, il se rend compte que ces professionnels sont peu formés. Il ajoute aussi que quand les AVS   acquièrent un minimum de pratique au bout de six ans (ce qui est pour lui « le minimum du minimum pour travailler avec des gens en difficultés »), ces professionnels sont en fin de contrat.

Il constate aussi que lorsque le rectorat fait appel à ses compétences dans le domaine de l’autisme   pour former les AVS   de première et deuxième année sur cette notion, sur une promotion d’une vingtaine d’AVS  , seulement une ou deux personnes sont directement concernées par cette difficulté. S’il considère néanmoins que c’est une bonne information et formation d’ensemble, il juge aussi que, sur le terrain, il serait judicieux, au-delà de cette formation théorique, d’apporter plus de moyens concrets d’accompagnement aux AVS  .

Lire et écouter les propos de Francis Buret sur la nécessité de mieux former et accompagner les AVS.

Augmenter le nombre des AVS

Des AVS   qui semblent en nombre insuffisant

Selon l’enquête Unapei-E.Leclerc-Ipsos, toujours d’actualité, même au sein des classes CLIS  , la présence des auxiliaires de vie scolaire est loin d’être systématique : seuls 53 % des enseignants en CLIS   interrogés bénéficient en effet « tout le temps » de l’aide d’un AVS  , et 31 % « parfois ».

L’information ministérielle

Dans un communiqué de presse du 13 février 2009, le ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos annonçait : « L’accompagnement des élèves par un auxiliaire de vie scolaire (AVS  ) se développe. 2 000 nouveaux emplois d’auxiliaire de vie scolaire individuel ont été créés à la rentrée 2008 après une création de 2 700 emplois à la rentrée 2007. Au total, ce sont près de 24 700 postes d’auxiliaire et d’emploi de vie scolaire qui sont consacrés à l’aide directe aux élèves. »

Le regard d’un enseignant référent  

Daniel Beurrier, enseignant référent dans le département de Saône-et-Loire, indique qu’à sa connaissance, dans le département, l’évolution quantitative des auxiliaires de vie scolaire (AED) reste très faible, soit quelques unités par an, alors qu’il note une forte progression du nombre d’EVS.

En finir avec leur statut précaire

Le vécu d’un AVS  -I

Pour Laurent Brandon, AVS  -I, la professionnalisation du métier d’auxiliaire de vie scolaire n’est pas à l’ordre du jour : « Personnellement, j’en suis à mon sixième et donc dernier contrat, je ne peux plus exercer ce métier, et après il n’y a rien... Aucun statut nous est attribué. On retourne à la case départ. Au bout de six ans d’exercice, on nous propose, enfin, de nous inscrire à une formation dispensée par le GRETA (Groupement d’établissements publics d’enseignement) et financée par le Rectorat pour passer un diplôme par le biais de la validation des acquis de l’expérience, diplôme à choisir dans la liste proposée... Mais la condition pour l’accord de la prise en charge, c’est que la formation soit commencée avant la fin du contrat ! »

Pour continuer dans la voie qu’il a choisie, et éviter la case chômage, il a dû opter pour autre chose : « J’ai élaboré à l’automne dernier un projet de formation pour préparer un diplôme d’éducateur spécialisé. J’ai fait une demande au niveau du Rectorat pour une prise en charge financière d’un accompagnement par le GRETA qui n’a pas abouti. C’est donc moi qui ai financé ma formation, personnellement. »

Son témoignage complet sur le sujet, et les pistes d’amélioration qu’il propose.

L’avis d’un enseignant référent  

Daniel Beurrier, enseignant référent   à Chalon-sur-Saône, ne croit pas, selon ses propres termes, à la « professionnalisation » des AVS  , car leurs missions répondent à des besoins qui ne sont pas forcément pérennes dans le temps et l’espace.

En outre, explique-t-il, « la précarité des auxiliaires ne me paraît pas mal adaptée aux besoins des élèves. Ce propos n’est peut-être pas “politiquement correct”, mais je prends le risque de déplaire... D’une part, les élèves bougent géographiquement. D’autre part, dans une école, on peut avoir besoin aujourd’hui de trois auxiliaires de vie scolaire et peut-être que, l’an prochain, il n’y aura aucun besoin. Les personnes à « professionnaliser » sont-elles prêtes à se déplacer de 15, 20 ou 30 km ? Je n’en suis pas sûr. Tandis qu’un enseignant dont on ferme la classe est déplacé vers une autre classe. Un auxiliaire de vie scolaire qui suit un élève autiste cette année ne va pas forcément suivre l’année suivante un élève handicapé du même type, du même âge, avec les mêmes besoins. La professionnalisation imposerait forcément beaucoup de contraintes, au-delà de la mobilité. »

La solution serait-elle ailleurs ? « Pourquoi ne pas imaginer que les auxiliaires soient des personnels du secteur médico-éducatif ? » s’interroge-t-il, soulignant la grande technicité de ces établissements et leur savoir-faire fondé sur cinquante ans de pratique.

Ses propos complets sur le sujet, ainsi que les propositions qu’il formule à partir de son expérience.

La proposition d’un directeur d’IME   : lier les AVS   aux SESSAD  

Quand un AVS   arrive au bout de ses contrats, l’Éducation nationale doit repartir avec des gens nouveaux, à former, à accompagner...

Francis Buret, directeur de l’IME   de Marmanhac, considère que la précarité des AVS   est un souci et que leur revendication est légitime.

« L’enfant porteur de handicap doit pouvoir être accompagné par une personne formée, et cette personne être elle-même accompagnée durablement », explique-t-il. « Aujourd’hui, ce type de professionnels que sont les AVS   pourrait exister au travers des SESSAD  . Les éducateurs spécialisés ou les professionnels des SESSAD   ont comme nous cette connaissance du handicap qu’ils ont acquise au fil du temps, et quand ils ne l’ont pas je pense qu’ils sont soumis à obligation d’apprentissage. L’une des solutions serait donc que les AVS   soient rattachés aux SESSAD  , mais pour cela il faudrait qu’ils soient sur des emplois durables. »

Mais il ajoute aussi, avec une touche de pessimisme : « j’ai bien peur qu’un jour l’Éducation nationale ne crée ses propres SESSAD  , avec le risque que l’on remette trente ans pour réaliser ce que nous avons déjà mis trente ans à monter, juste pour que ce dispositif soit propre à l’Éducation nationale, alors qu’il existe déjà dans le médico-social. »

Lire et écouter les propositions de Francis Buret pour résoudre les problèmes que pose le statut précaire des AVS.

Pour en savoir plus :