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Un 52e Congrès de l’Unapei détonnant

Vent d’humour et vague de citoyens

Par Toutatis, qu’il a fait soleil à Saint-Brieuc ! Un cru 2012 qui a déjoué tous les pronostics. Et pas uniquement ceux de la météo. Dans un contexte économique sinistré, le rendez-vous annuel de l’Unapei ne s’est pas laissé gagner par la sinistrose. Loin de là... Avec les embruns et cris des goélands en toile de fond, l’humeur de ce 52e Congrès fut plutôt bon enfant, avec la convivialité et l’humour pour vague de fond. Faut-il voir là un signe du renouvellement politique ou un effet de l’âme bretonne que Claude Laurent, président de l’Urapei   a qualifié de « caractère trempé » ? Ou parier plutôt sur le fait que les traits d’humour de Chapu, le dessinateur embauché pour alléger la sauce AG, ont beaucoup fait pour amuser la foule des 1 300 congressistes.

Edition exotique !

On pourrait aussi évoquer quelques ingrédients facilitateurs dans la recette de cette bonne humeur : une mise en bouche en fanfare, avec un premier challenge sportif Jean-Louis Calvino qui a réuni plus de 800 sportifs handicapés (il n’est qu’à voir dans le diaporama les effusions des athlètes pour se convaincre des vertus du sport), des tables de banquet dignes de plusieurs villages d’Astérix réunis, le festnoz du vendredi soir avec ses chants marins et danses bigoudens, des exposants ne manquant pas d’allant, les bulles du cidre se battant en duel avec les bulles de champagne, les travailleurs des Esat   du Finistère ne ménageant pas leur peine pour alimenter leurs visiteurs en crêpes et galettes...
Est-ce parce que nous étions en terres de grands marins, mais une chose a paru plus flagrante encore que les autres années : le congrès comme accélérateurs de rencontres. Rencontres entre familles, entre régions, entre terroirs... Et parfois, rencontre avec les antipodes. C’était une première pour la toute jeune Adapei   de Mayotte, qui a d’ailleurs été affiliée à titre provisoire. Les saluva (costume traditionnel qui est l’alter ego du sari indien) des deux Mahoraises, la présidente et la trésorière de l’association, ont fait l’effet de deux rayons de soleil à l’Equinoxe, l’espace de congrès et d’expositions de Saint-Brieuc en plein réaménagement.

Citoyens et fiers de l’être

Non décidément, s’il faut trouver une source à cette atmosphère décalée par rapport aux rigueurs du temps, c’est vers les personnes handicapées intellectuelles qu’il faut se tourner. Placée sous le signe de la citoyenneté des personnes handicapées mentales, cette édition bretonne aura été marquée par une prise de parole massive des personnes, que ce soit à travers leurs questions en assemblée plénière, leurs interventions en ateliers et tables rondes, qu’elles ont parfois animés. Quel message faut-il en retenir ? Alors que, comme le soulignait Christel Prado dans son discours, pour la première fois de la Ve République, un président était élu réellement au suffrage universel (les personnes handicapées mentales ayant désormais accès au vote de droit), ces citoyens, enfin reconnus comme tels, ont démontré qu’ils avaient une conscience aiguë de leurs droits (droit à une rémunération décente, droit à une retraite, droit de participer et d’avoir le temps de le faire en Esat  , droit d’avoir une vie sentimentale en établissement...), de leurs désirs aussi.

Nouvelle ministre, éternelles attentes

Cette humeur générale, légère et enlevée, n’a pas éclipsé pour autant les zones d’ombres qui assombrissent l’horizon : le retour des listes d’attente dans les établissements, signe d’un retour en arrière, un chantier dépendance en panne, les Agences régionales de santé qui ne répondent pas aux besoins, les Esat   contraints voir en péril financier... et les adhésions en baisse dans les associations. Face à la toute nouvelle ministre déléguée en charge des personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, dont c’était la première sortie, Christel Prado a défendu bec et ongle les besoins spécifiques des personnes handicapées mentales et la nécessité d’un accompagnement de qualité. Si le mot clef qui marquait le congrès 2011 à Besançon, à l’aube d’un nouveau cinquantenaire de l’Union, était fougue, en 2012, ce serait celui de la maturité.