Patrick Maincent (Unapei) : « Les Esat aussi ont besoin d’être soutenus financièrement par l’État »

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Le 17/11/2020

Comme pour les entreprises, l’activité des Esat (Établissements et services d’aide par le travail) n’a pas été épargnée par la crise sanitaire. Patrick Maincent, vice-président de l’Unapei et président de la commission Emploi, fait le point sur la situation à l’heure du deuxième confinement.

Nous sommes à nouveau confinés depuis le 30 octobre. Qu’advient-il des Esat dans ce contexte ?

Ce nouveau confinement n’est pas du tout de même nature que celui du printemps dernier. Les activités professionnelles se poursuivent autant que possible. Par conséquent, les Esat restent ouverts et continuent à accueillir les travailleurs en situation de handicap. Seules restrictions : les personnes vulnérables présentant des risques sont invitées à rester chez elles sur avis médical. Nous le rappelons souvent depuis le début de cette crise sanitaire : le handicap n’entraîne pas nécessairement la vulnérabilité. Dans les Esat, les mesures de protection ont évidemment été renforcées. Les masques ont remplacé les visières, les postes de travail sont cloisonnés… La principale difficulté pour les professionnels est de bien faire respecter les gestes barrières. Il faut aussi gérer le stress et l’inquiétude des travailleurs en situation de handicap qui sont loin d’être imperméables à ce qui se passe autour d’eux.

Au plan économique, les Esat ont été touchés ces derniers mois. Dans quelle situation se trouvent-ils aujourd’hui ?

Pour évaluer la situation, nous avons réalisé une enquête auprès des 600 Esat et des 120 entreprises adaptées de notre réseau. Au plan économique, la situation varie selon les activités. Globalement, les Esat/EA subissent le contrecoup de la baisse d’activité des donneurs d’ordres. Ce qui nous conforte dans l’idée qu’ils doivent développer des activités propres pour gagner en indépendance et éviter les aléas de la sous-traitance. La période de mars à septembre a été marquée par une perte de chiffre d’affaires moyenne de l’ordre de 320 000 euros. Il y aura donc forcément un impact sur le bilan 2020. Mais le choc a été amorti, il faut le dire, par l’intervention de l’État qui a pris en charge la rémunération des travailleurs d’Esat jusqu’au mois d’octobre. Au lendemain du premier confinement, l’une de nos craintes concernait aussi les risques de décrochage de la part des travailleurs. En réalité, le phénomène a été très limité puisque les Esat/EA ont enregistré un taux de retour de 94 %. Cela confirme, s’il était nécessaire, à quel point les Esat sont des lieux de socialisation auxquels les travailleurs sont très attachés.

 

Quelles sont les attentes immédiates de l’Unapei vis-à-vis de l’Etat ?

La crise sanitaire est loin d’être terminée et les conséquences économiques vont s’inscrire dans la durée. Nous avons donc toujours besoin du soutien de l’État. Les entreprises et les commerces bénéficient d’aides exceptionnelles. Un plan de soutien en faveur des entreprises adaptées a été décidé pendant l’été. De la même manière, les Esat ont eux aussi besoin d’être accompagnés financièrement. Au-delà des aides directes, l’État et les collectivités pourraient proposer davantage de marchés réservés pour soutenir l’activité. Sur un plan plus politique, nous sommes par ailleurs toujours dans l’attente de la concertation qui aurait dû être ouverte en début d’année sur l’avenir des Esat. La secrétaire d’Etat au Personnes handicapées s’y était engagée après la publication, en octobre 2019, d’un rapport IGAS/IGF clé pour notre secteur, appelant à de profondes évolutions concernant les droits des travailleurs, le financement et la gestion des Esat. Dans l’intervalle, l’IGAS a publié cet été un autre rapport interrogeant les politiques publiques en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap. En tant que premier acteur du secteur protégé, avec près de 60 000 travailleurs handicapés, l’Unapei n’a pas l’intention de faire l’impasse sur ces débats. La crise sanitaire n’empêche rien. Au contraire : c’est maintenant qu’il faut construire l’avenir.

Propos recueillis par Etienne Guillermond

Les établissements et services d’aide par le travail, rapport IGAS/IGF, octobre 2019.

https://www.igas.gouv.fr/spip.php?article749

Handicaps et emploi, rapport thématique 2019-2020 de IGAS, juillet 2020.

https://www.igas.gouv.fr/spip.php?article784

 

Crédit photo de couverture : Marion Moulin pour l’Apei des 2 Vallées
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